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Les poètes des tranchées

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Sonnets de Campagne

A la classe 1914 N°75

Nos "Marie-Louise"

 

Gironville 18 novembre (1914?)

Tout près de l'ennemi, ce matin, le bourg noir,

Aux murs glacés, aux seuils fermés, aux maisons vides,

Si tristes d'avoir vu tant d'horreurs homicides,

Se réveille, éclatant de jeunesse et d'espoir.

Dans la nuit qui s'achève, il vient de recevoir

L'afflux, allègre et fort, d'enfants, aux yeux limpides,

Aux muscles vigoureux, aux âmes intrépides,

Vibrant d'entrain joyeux et de hardi vouloir.

Ces beaux conscrits, aux frais vingt ans, aux clairs visages,

Offrant le vierge essor de leurs jeunes courages,

Seront, ce soir, dans la tranchée, au premier rang.

Sachant qu'avec amour le Pays les regarde,

Ils seront tous dignes de Lui.. que Dieu les garde !

Et qu'Il fasse léger leur baptême du sang !

 

A Louis Muret N° 80

RECONNAISSANCE

Bois de la Hazelle 6 décembre

Comme un Apache au sentier de la guerre,

Retenant le souffle, et feutrant le pas,

Incurvant la taille, et rasant la terre,

Près de la crête, on rampe, en contrebas.

 

A Monsieur Chassaigne-Goyon N°76

LAINAGES

 

Commercy 20 novembre

On m'a donné, pour nos troupiers,

Des chauds effets de laines fines

Que de tendres mains féminines

Ont fait en rêvant de lauriers.

J'ai sous les yeux le bon guerrier,

De l'ouvrière le devine

Le frais minois; et j'imagine

Ce dialogue familier:

  • Soldat ! à qui va mon ouvrage,

Chacun son métier ! Bon courage!

J'ai bien travaillé. Bats toi bien !

  • N'aie pas peur, gentille cousette,

Comme tes doigts, ma baïonnette

Va tricoter … et pas pour rien !

 

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