Souvenirs d'un Poilu: Leyr ..... C'est Pompéï !! |
C’est Pompéï ! …
Le
20 août 1914, le capitaine Centaure- un surnom – était entré dans
Dieuze à cheval à la tête de sa compagnie d’infanterie. Le lendemain
le traquenard se révélait. Plus brave que lucide, le capitaine se
refusait à admettre que nous étions tombés sur un bec. Attardé outre
mesure, Centaure eut tout juste le temps de sauter sur sa monture pour échapper
au coup d’épervier lancé de Biderstroff. Deux jours après, Centaure avait changé de
cheval, le premier s’étant écrasé sur l’épée, le porte carte et
les jumelles de l’officier qui allait ainsi participer à la
contre-offensive , sans plan directeur et sans verres ; le canasson
de rechange, un canasson blanc ne lu ayant apporté , dans le creux de sa
selle, qu’un pistolet d’arçon dépourvu de munitions. Le
24 août au soir, le capitaine Centaure, toujours à cheval longeait la
lisière sud du bois de Trappes, escorté de deux centaines d’hommes du
régiment dispersés par la retraite et par les alternatives de la
contre-attaque. Ces combattants s’étaient instinctivement ralliés à
ce chef qui faisait à leurs yeux figure de mascotte. N’avait-il pas
promené pendant quatre jours , sur une douzaine de champs de bataille, sa
silhouette rouge et or, perchée sur un
coursier à la robe de nouvelle mariée , et cela sans avoir mouché
la moindre balle, ni le plus petit éclat d’obus ? |
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Ruines de Leyr après les bombardements du 2 au 7 septembre 1914. Rue de Nancy et maison Langlest |
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L’officier
et ses hommes ont appuyé honnêtement la manœuvre d’un groupe mixte biffe et
vitriers en liaison directe avec le commandement. Au crépuscule, le capitaine a
été en quelque sorte, remercié. Un pli passé par un hussard de l’escadron
divisionnaire, a ordonné en bref, au groupe Centaure, de rejoindre son régiment
à Leyr.-
Où çà, Leyr, a interrogé le chef démuni de carte. L’estafette
a eu un geste vague en direction de l’orée du bois.
Un vélo escorte le cheval blanc du capiston. Le cycliste est un
étudiant, engagé du printemps ayant précédé la mobilisation. Cet éclaireur
sera chargé de découvrir Leyr, ou du moins, le chemin qui y conduit. Toutefois
Centaure recommande au jeune coureur de ne pas trop s’éloigner.
Une absence de cinq minutes et le cycliste
revient pour annoncer qu’un village est en vue … Leyr ? L’étudiant
ne saurait l’affirmer : pas une indication ne subsiste aux abords de
l’agglomération, battus par le bombardement. Nouveau départ du cycliste,
nouveau retour. Ce n’est pas Leyr mais Jeandelaincourt ; Un petit poste
de chasseurs recommande aux fantassins de biaiser vers la gauche et de
n’avancer qu’avec précaution. Centaure a renforcé sa pointe
d’avant-garde … -
Halte ! Le cycliste s’est à
nouveau replié sur la colonne. Celle –ci suspend sa marche. Aller et retour
de l’éclaireur. Encore une fausse alerte ; Le groupe Centaure est tombé
sur Clémery , occupé par des dragons. Un sous-officier a renseigné l’étudiant.
Pour trouver Leyr, il faut marcher en direction du Sud-Ouest. Une demi-heure …
une heure; Toujours pas de Leyr. La colonne murmure. – le Sud-Ouest, observe
une voix, ça peut nous conduire jusqu’à Biarritz.
Le capitaine a commandé la pause. Cette fois, l’absence du
cycliste se prolonge. La lecture d’une plaque indicatrice l’a fait démarrer,
droit devant lui. Et voici Leyr, ou plutôt ce qu’il en reste : des amas
de décombres, des pans de murs ajourés, un moignon de clocher braqué sur la
pleine lune. L’éclaireur a fait demi-tour. A son cerveau de bachelier fort en
histoire, une réminiscence s’est imposée. Haletant, moins de la précipitation
de sa course que de l’émotion ressentie devant les ruines, le voilà devant
le capitaine qui l’interroge avec vivacité. - Et bien ! cette fois, c’est bien Leyr ! - mon capitaine … mon capitaine.. C’est Pompéï ! … Et Centaure de s’exclamer : "Merde ! …On s’est encore foutu dedans !" . |
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| Ce récit est extrait de "1914/1936. Ce qu'il en reste" Texte de Louis Combaluzier Les oeuvres Françaises. | ||||
| Voir aussi Le projecteur de Clémery | ||||