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 Loisirs des Poilus : Le Théâtre (1)

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Voir aussi "Loisirs des Doughboys" et ceux des soldats allemands et LOISIRS1, THéÂTRE2, THéÂTRE3

A l'arrière du front, on organise très tôt des loisirs pour les poilus au repos afin de maintenir le moral des troupes, activités sportives, représentations théâtrales ...     C'est ainsi qu'en mai 1916, Sarah Bernhard accompagné d'autres artistes vient en Lorraine  et donne plusieurs représentations en basse woëvre.       

TOURNÉE DE  SARAH BERNHARDT EN LORRAINE, EN MAI 1916

 

Sarah Bernhardt et  Lucienne Bréval dans le train qui les conduit vers le front.

Photo parue dans "Je sais tout" du 15 octobre 1916 dans le cadre d'un article sur le théâtre aux armées.

 

 

Sarah Bernhard est accueillie à sa descente de voiture par le Général Lebocq, commandant la 73ème Division. Elle est placée sur une  chaise à porteur , car elle a subi une amputation au début de l'année 1916.  

 

 Photo prise à Dieulouard, devant  la "Maison des Moines" où se trouve une ambulance importante (voir l'article sur "les soins aux gazés du Bois le prêtre")

Cet immeuble existe toujours, il abrite notamment le presbytère. 

 

Cette photo très voisine de la précédente a paru dans le N° 79 de "J'ai Vu" du 20 mai 1916

 

La  photo de droite  parue dans le N° 131 du journal "Le Miroir" du  28 mai 1916 est ainsi légendée :

" LA BIENVENUE AUX ARTISTES"

Nos soldats reçoivent avec enthousiasme les artistes qui viennent les distraire aux armées."

La banderole porte la mention : "Aux artistes de France, les poilus du Bois le Prêtre"

Le bâtiment visible au fond à droite , sert d'ambulance à Dieulouard (emplacement de l'actuelle salle des fêtes)

 

 

      Deux vues d'une actrice  (Dussane?) discutant avec des officiers devant le même bâtiment."Je sais tout" du 15 octobre 1916. En médaillon le visage de Mme B. Dussane  de la Comédie française à titre de comparaison.

 

 

      Cette photo est vraisemblablement encore prise au même endroit. Merci à Mr Delacourt pour son aide.

 Sarah Bernhardt et Dussane dans une tente qui leur sert de loge de théâtre (voir aussi ci-dessous)

 
     

Toujours au cours de la tournée de Sarah Bernhardt en mai 1916 en Woëvre, après une représentation, l'actrice est photographiée sur la terrasse du château de Boucq avec Mlle Dussane, Mlle Lucienne Bréval, Mlle Duluc,  Mrs Dumény et Fursy. 

(photo parue dans le cadre d'un article sur le Théâtre aux armées dans le journal Les Annales du 14 janvier 1917).

 

 

 

Sarah Bernhard et quelques artistes du Théâtre aux Armées posant en mai 1916, devant le marché couvert de Commercy. 

 

 La Tournée par Dussane

 

Dans son livre "reines de Théâtre", paru en 1944 aux éditions Lardanchet,  Dussane évoque la tournée  de l'actrice Sarah Bernhardt en lorraine pendant la Grande Guerre :

"...En 1916, on songea que les soldats pouvaient avoir besoin de sourire, on voulu leur envoyer autre chose que des lainages et du tabac. c'est ainsi que fut improvisé, à coup de cœurs et de bonne volonté, ce qui devait s'appeler ensuite le Théâtre aux Armées. nous étions peu nombreux, nous nous sérions les coudes et la plupart d'entre nous travaillaient en toute humilité de cœur; contents de donner de la joie, soucieux de ne laisser gâter notre tâche ni par le snobisme ni par la publicité. Un jour on nous annonce que Sarah a exprimé le désir de venir jouer aux armées ....   ......

Nous voici en route. Ah ! cette gare de l'Est de la guerre traversée par notre bizarre cortège; Sarah, perdue dans un manteau tigré, sous une grande capeline fleurie, pelotonnée dans sa petite chaise à brancards, et souriant à tous les regards, pour qu'on ose pas avoir pitié !Nous descendons à Toul, seul groupe civil du train. la petite chaise reparaît; elles est peinte de blanc, ornée de rinceaux louis XV, elle aussi elle sourit, elle veut paître un caprice  et non une douloureuse nécessité. Les gens de la ville regardent, tellement curieux, tellement émus aussi qu'ils oublient d'acclamer ou d'applaudir. moins d'une heure plus tard, les autos nous amènent au lieu de notre première représentation un immense marché couvert sur une place de Commercy. Il y aune scène, avec rampe et rideau, mais le réduit où Sarah va être obligée de se tenir n'a d'autre plancher que la terre battue; on accède à la scène par une véritable échelle de dix marches et de sournois vents coulis ne cessent de nous siffler aux oreilles ... Sarah s'acclimate dans sa loge provisoire, elle est ravie.  Son tour de paraître arrive enfin. Pendant qu'on l'installe en scène, rideau baissé, sur un mauvais fauteuil garni de coussins, et que nous nous groupons autour d'elle, un de nos camarades annonce aux trois mille gars entassés là qu'ils vont voir Sarah Bernhardt. Évidemment ça les étonne; quand la représentation leur avait été annoncée, ils croyaient que "ça serait seulement en cinéma" . Et le cœur battant, nous attendons l'ovation qu'ils vont lui faire , au lever de rideau.    La toile monte, nous découvrant lentement  d'abord le feu éclatant de la rampe, puis dans la pénombre au premier plan, les brancardiers-musiciens, les blessés dont les pansements blancs accrochent le regard, enfin la multitude des têtes aux yeux fervents ...L'ovation ? Elle tarde... Des bravos partent, assez nourris, mais pas unanimes, pas très prolongés surtout. Gars solides et sûrs de la France, ils attendent, ils veulent voir, et les noms illustres pour eux ne sont rien. Elle le sent, elle frémit, cette salle lui tient plus à cœur que ne le fit jamais public de grande première. Elle commence ...Je suis tout près; je néglige mon texte et je la regarde. Je sais presque par  cœur ce qu'elle va dire, mais elle me le fait oublier. Elle vibre toute, et, sur un rythme qui monte comme la sonnerie de la charge, elle déploie les apostrophes  héroïque comme l'on plante un drapeau sur une position conquise; elle évoque tous les morts glorieux de notre race, et les range aux côtés des combattants d'aujourd'hui; le rythme bat, sonne et monte toujours. Il nous emporte avec Sarah, et, quand, sur son cri final : "Aux armes !" la musique attaque la Marseillaise, les trois mille gars de France sont debout et l'acclament en frémissant. Le miracle opérait une fois de plus ; Sarah, vielle mutilée, éclairait encore une foule du rayonnement de son génie; cet être fragile, souffrant, blessé et immobile pouvait encore, par la magie de son verbe, sonner l'héroïsme aux soldats sortant de l'action. Cela continua pendant trois jours : sur une terrasse de château, dans une salle d'hôpital, dans une grange délabrée où les hommes étaient juchés jusque sur les poutres. ..J'avais vu le génie de Sarah, je vis son courage. Non, nous n'avons pas été exposés au feu, il ne s'agit pas de cela. Mais son courage d'infirme à qui la volonté tient lieu de tout, à chaque heure du jour. Nous partions vers midi en automobile, et ne rentrions que le soir fort tard. aux haltes, le travail, et, comme logis, des réduits de hasard, avec des chaises de paille  ou des escabeaux de bois, l'excessive chaleur d'une tente au soleil ou l'humidité d'un coin de cave. Un moment je dus l'aider dans sa toilette. elle allait de sa chaise  à la table, en s'appuyant sur moi et en sautant à cloche-pied sur son unique jambe septuagénaire, qui avait la sécheresse d'une patte d'oiseau sans en avoir la solidité. Et elle me disait en riant : "Je fais la pintade ..." C'était beau, cette crânerie qui niait le mal, cette victoire  de l'esprit sur la matière défaillante, et la pitié se changeait en admiration.     ..."

Extrait de "Reines de Théâtre" de Dussane éditions H. Lerdanchet 1944

 

 

 Deux photos de Sarah Bernhardt aux armées parues dans "Images de la Guerre" en mai 1916, très voisines des photos ci-dessus

 
L'excellent  site de l'ECPA http://www.ecpad.fr du Ministère de la défense signale qu'il possède 18 clichés pris par le photographe Agié à Paris, Toul, Commercy, Bouq où il y aurait eu une représentation, Dieulouard et précise la date de cette tournée entre le 9 et le 11 mai 1916. Il publie aussi d'autres photos prises devant la "maison des moines" à Dieulouard  dont une très proche de la photo marquée "avril 1916" plus haut.  
     

Si vous  connaissez  d'autres informations sur la tournée de Sarah Bernhard et de ses compagnes, merci de les signaler à jmpicquart@wanadoo.fr

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