RETOUR.gif (1070 octets)

 Souvenirs de combattants: Le soldat  américain NP CLOTFELTER

Journal de la première guerre mondiale  de N.P. CLOTFELTER

Sur un site américain à l'adresse http://www.geocities.com/p_bear56/Introduction.htm se trouve le journal de guerre de NP Clotfelter soldat américain venu en  août 1918 sur ce secteur pour participer à la libération du Saillant de Saint-Mihiel

 1er septembre 1918 : Bonne journée. Averses en soirée. Je suis allé à Saint Jean le matin et pris un bon bain chaud. J'ai aussi lavé quelques vêtements. Je suis allé à pieds jusqu'à Martincourt l'après–midi  et j'ai rendu visite à Co "A" 344 MGBn. (= Compagnie A, 344 ème  Bataillon de mitrailleuses) Les mêmes vieux types. Ces collines sont  truffées d'artillerie. Préparation de l'attaque de Metz.

 2 septembre : Quelques exercices aujourd'hui. Huit ballons ennemis en l'air

 3 septembre : Bonne journée. Les Allemands tirent au-dessus de nous quelques obus à l'aube. Un avion ennemi nous a survolés et a détruit deux de nos ballons. Une partie des CO. étaient en manœuvre à découvert. Repérés par le pilote. Obus bientôt lancés au point précis.

Tout est cher et difficile à trouver. Un boite de conserve de prunes coûte 6 francs ou 1 $ 10. Une boite d'un ¼ de livre de beurre coûte 2 francs, 75  ou 50 cents. Une boite de sardine qui  coûterait 5 cents chez nous coûte ici 55 cents par lot de 3. Les œufs 6 francs la douzaine.

 4 septembre : Bonne journée. Resté couché le matin. Manœuvre du bataillon l'après-midi dans les broussailles. Aujourd'hui lecture d'une lettre de maman datée du 23 juillet.  Temps sec et chaud là-bas. De garde cette nuit. Un peu de pluie. Pas dormi.

 5 09 Pluie presque toute la journée. Rien fait le matin. Exercice avec baïonnette et masque à gaz l'après-midi. Lu deux lettres de Mattie. Une datée du 23 juillet  et une autre du 10 août. Elle a écrit cette dernière alors qu'elle venait juste de lire ma toute première lettre. Elles me donnaient  le mal du pays.

 6 09 Pluie toute la journée.  Rien fait. J'ai écrit trois lettres, une à maman, une à Cecil et une autre à Mattie.

 7 09 Belle journée mais pluie en soirée.  Obus tombés tout près de nos positions cette après-midi.  Personne de touché. Ma lettre à CF m'a été retournée car je lui disais qu'il n'y avait pas beaucoup de religion au CO. et que le poker était  l'amusement du chef. Toutefois les faits sont les faits. On a dit que c'était de la calomnie à l'encontre du CO.

 8 09 Venteux.  Petit déjeuner à 9 H. Gâteaux chauds et mélasse. Sans  levure.  Bon tout de même. Dîner à 16H30, il a plu pendant tout le repas. J'ai du quitter mon abri et le laisser aux français comme bureau de téléphoniste. A 21 H., moi  et trois simples soldats on a été affecté à la garde des rations au Hdg de bataillon. Dormi dans un baraquement en bois avec la lumière électrique.

 9 09 De garde toute la journée. J'ai mangé avec des gars du CO "A"  344 mgbn. Reste du CO. au front. Pluie partie de la journée. On devait être relevé ce soir, mais la relève n'est pas venue. Resté.

 10 09 Pluie toute la matinée et partie de l'après-midi. Informés que le CO. "L"   a fait mouvement, aussi on est parti deux par deux emportant notre barda.  Mouillés, la route est encombrée de camions et de chariots apportant des munitions. La grande poussée va bientôt commencer. Plus de troupes arrivent aussi.

 11 09 Journée pluvieuse.  Camions venus ce matin et nous avons chargé les rations de réserve. On est parti à  8 Heure avec les camions. On s'est embourbé, mais finalement nous nous en sommes sortis.  Le dernier camion qui était en tête fit la navette entre Manonville et Domèvre. Revenu enfin à Saint Jean à 1H30 et pris de nouvelles instructions. Retour par le même chemin  seulement gardé de Domèvre à Gezoncourt. Déchargement là. Marche à pieds pour retrouver le Pc de bataillon. Pluie et  noirceur de goudron. Le sergent major nous a perdus. J'ai dressé la tente avec deux cuisiniers et  essayé de dormir. J'ai eu une épaule dans l'eau et je n'ai pu dormir.

 12 09 L'enfer débute à une heure du matin. Un gros tir de barrage se déclenche.  Un grondement continu d'artillerie de presque tous les calibres. Ce doit être la terreur sur Heimi. Lever à 7 heures. Plusieurs personnes de notre brigade perdues la nuit  dernière dans les broussailles. On peut les voir tout autour ce matin. Rouleaux faits, on a trouvé les cuisines. Informé que le 3ème bataillon est entré en action. Marche dans les environs le matin et partie de l'après-midi avec le lieutenant Nicholson pour tenter de localiser le 3ème bataillon. En vain. Coup de main pour déménager les cuisines et les rations. Des prisonniers arrivent toute la journée. Quelquefois aussi nombreux qu'un bataillon.  Les sammies les croisent  en allant vers le front. Les français ont de gros canons à un kilomètre de Mamey. Couché sur un chariot ce soir, mais impossible de dormir. Tout est mouillé. Toutes les routes près d'ici sont si encombrées qu'un chariot ne peut pas passer.

 13 09 Pluie. Pas fait grand chose, mais resté à 'abri de la pluie le matin. Cuisines transférées vers le front l'après-midi. Départ 13H, arrivée 21 H. retard du aux routes encombrées. Cuisines allumées ……. Et moi et 12 autres de l'IKL et des compagnies M, nous avons porté des rations chaudes aux hommes … dans les lignes.. Nuit d'encre et bois épais et dangereux. Trouvé de nombreux hommes affamés qui n'avaient pas mangé depuis deux jours.

 14 09 Pas couché la nuit dernière. Porté des rations jusqu'à 9 H ce matin. Pas pu atteindre la CO "L". Ils ont progressé trop loin. Les Américains sur ce front ont avancé de 5 miles environ et capturé 8000 prisonniers. Beaucoup plus de problèmes avec les nids de MG (abréviation pour mitrailleuses) et les tireurs isolés qu'avec le reste. Des soldats Allemands gisent tout le long du bois. Quelques Américains aussi. On se préparait à rejoindre la CO ce soir mais le sergent de place Canning pense qu'il a localisé un espion  et nous sommes allés prévenir les compagnies. Tandis que les snipers Allemands sont bien occupés avec leur MG dans les arbres. Ils nous ont fait rester un moment dans un trou. Trois de nos hommes tués tout près de là. Ils ont aussi commencé une petite contre-attaque. Nos troupes ont avancé et anéanti la contre-attaque allemande, la 4ème section de la CO  "L" sous les ordres du sergent Dean a eu à son crédit 60 Boches tués.  Je n'étais armé que d'un pistolet 45  aussi j'ai œuvré dans un poste de premiers secours jusqu'à la fin de l'attaque. dormi dans une cabane rustique qu'avait construit le régiment allemand  Hdg. C'était vraiment bien arrangé.

 15 09 Beau temps au dessus de nos têtes. Travaillé un peu avec le lieutenant Nicholson l'officier de ravitaillement du bataillon. Fait deux déplacements au Hdg du régiment. Notre CO a été relevé la nuit dernière et  "parachutés" ici à l'arrière  aussi je suis remonté et j'ai rejoint la 4ème section. ………Dormi dans des trous.  Cinq hommes ont été tués, le sergent Johnson, le capitaine Dobbs …..bryans, Czarnikow et Allen. Plusieurs blessés. Pratiquement tous les hommes sont malades du fait de leur exposition aux intempéries. On est mouillé et on le reste.  On doit dormir sur un sol humide.   Quelques hommes ont tout jetés lors de l'attaque et n'ont plus ni couvertures ni tentes. Les bois sont pleins d'équipements. Des détachements de récupération sont envoyés  pour ramasser des vêtements et des munitions. Tous les hommes ont reçu 10 bandes de munitions. La majeure partie a été jetée. Les Américains s'enterrent dès qu'ils sont exposés, mais certains Allemands sont eux enterrés pour longtemps.

…….Les routes sont jonchées de de chevaux morts, la plupart tirés à mort. Les Allemands avaient très bien organisé ce secteur , avec de bons bâtiments, la lumière électrique, des cantines et des lieux de distraction. Ils le tiennent depuis 1914. Cela servait de camp de repos et de loisirs. Chaque Boche semble avoir quantité de vêtements et de nourriture et la poche remplie de cartes postales vulgaires.

 16 09 Debout à 4 H pour "stand to".  Le petit déjeuner nous est apporté et l'on commence à creuser des tranchées.  Le lieutenant Nicholson m'a envoyé chercher. Je me suis présenté à lui. Il m'a envoyé à Gezoncourt avec une carte de ravitaillement pour chercher des cisailles à fil de fer et des produits français. Revenu à 19H. il m'a dit que le sergent Grady était parti à l'hôpital et m'a demandé de le remplacer. Dormi sous un chariot cette nuit.

 17 09 Fourni les provisions ce matin. Rien à faire jusqu'à l'heure des rations. J'ai aidé à les distribuer. Quelqu'un m'a volé mon sac ce soir. J'ai dormi dans un bâtiment allemand Hdg. J'ai ravitaillé le CO . Un des sergents m'a prêté  des couvertures.

 18 09 Pluie une partie de la journée. Rien à faire le matin.  Le lieutenant Nicholson  est allé à l'hôpital ce matin et il a laissé le sergent Murrray pour le remplacer. Il m'a demandé de travailler avec Murray. L'après-midi, je suis allé avec des chariots près de Fey-en-Haye pour des rations. Les Allemands ont bombardé cet endroit. Quelques obus vraiment très près de nous. Retour à 19 H. Trouvé deux SH et quelques sacs. Monté ma tente et dormi sur place.

  19 09 Même programme aujourd'hui.  Fey-en-Haye pour des rations.  Trois d'entre nous sont restés  là  pour garder un tas de ……….. un coureur nous a été envoyé pour nous demander de venir. Retour à pieds. Il a plu pendant tout le trajet. Couché mouillé sous ma tente.  Reçu deux lettres de la maison ces derniers jours. Bien content de les recevoir. Les récoltes ne sont pas bonnes, mais tout va bien.  Le bataillon 3rd est retourné au front cette nuit. Je ne l'ai pas accompagné.

 20 09 Belle journée. Murray n'ayant pas besoin de moi, je vais au front avec des chariots de rations. Aidé à décharger les rations près des cuisines. Trouvé un banc de travail dans une ancienne boutique allemande et dormi dessus. Bombardement intensif.

 21 09 Bonne journée. Fait le tour des 1ère , 2ème, 3ème et 4ème section  pour dresser la liste des vêtements déchirés. Rapport à la 4ème section l'après-midi. Je me suis retranché aussi loin que j'ai pu.

 22 09 Bonne journée. Notre position a été bombardée pendant un bon moment  la nuit dernière. 4ème section en appui.

Couché dans mon trou et secoué, pensant que chaque obus passant au dessus de moi ne pouvait m'atteindre. Trois obus éclatent à 30 pieds de moi. Deux fusils détruits. ………Spampanato accourut vers l'abri du sergent Deans et cria "Sergent Deans ! Sergent Deans ! Reveillez la section, il y a une grooosse bataille qui commence ! quand notre artillerie ouvrit le feu ils cessèrent.

 23 09 Pluie toute la journée et la nuit dernière. Je reste couché dans mon trou la majeure partie de la journée. Creusé. Mon trou a environ 30 inches de profondeur avec un SH au-dessus . protection des shrapnels à moins qu'un obus tombe droit dessus. Obus allemands tombés souvent très près . Reçu une lettre de Mattie datée du 13 août.  Elle va enseigner à l'école de Moore  Springs pour 75$ par mois. Ce peut être une bonne chose pour elle si elle la bonifie.

  24 09 Belle journée. Le 1er bataillon a lancé un raid la nuit dernière. Notre artillerie a déclenché un tir de barrage de 10 H à 11 H 10. Les Allemands ont pris la relève et n'ont  pas cessé de bombarder toute la nuit. Un obus est tombé à 10 pieds de mon trou   et a déchiré mon SH. Jeté de la boue sur moi, tranquille jusqu'à l'aube. Chargé d'un détachement de 10 hommes pour creuser un Pc de bataillon. Ils ont creusé toute la journée. Bombardement très proche ce soir. Un groupe de soldats a effectué un raid et pris huit prisonniers. Trois de nos hommes sont morts et trente son blessés. Succès limité.

 25 09 Pas fait grand chose la nuit dernière. Un peu dormi. Pris à nouveau dix hommes au Hdg de bataillon. Creusé toute la journée. Bien des ennuis pour avoir de la bouffe pour les hommes de mon groupe. Trois d'entre nous ont transportée pour les 10 hommes après la fin de notre travail. Informé qu'un tir de barrage commencera entre 11 et 12. Couché et terrorisé. Notre artillerie leur a donné l'enfer.

 26 09 Le barrage a continué jusqu'à 8 H du matin des deux côtés. Les bois sont pleins de shrapnels. Couvert de boue plusieurs fois. Trois hommes tués. Baker, O'bern et Garten. Un seul obus les  ont tués. On ne peut dire  qui sera le prochain mort. Aujourd'hui même détachement au Hdg de bataillon. Terminé tard. J'ai du rester et voir le sergent major. La quatrième section est déplacée. Tout le monde s'en va. Très mauvais bombardement ennemi. Pris mon sac. Démarré. Trouvé Steward dans son trou. Il a dit que l'on ne trouverait pas un trou plus haut.  Suis allé dans le trou où se trouvait Nixon. Quatre d'entre nous serrés. Pris chacun une veille de deux heures pour les gaz. Bombardement toute la nuit. Plusieurs obus de 10 inch de diamètre à proximité.

 27 09 Pluie presque toute la journée . attaque allemandes sur notre gauche la nuit dernière. Pas de gros dégâts.   Journée calme et il y a eu aussi des bombardements toute la journée.  Monté à la quatrième section une heure et demie.  Enterré tout le reste du jour. On remplace la première section. Ils reculent sur notre ligne de renfort. Je suppose que Nettie et Mattie enseignent maintenant.

On a pas la chance de pouvoir se laver, se raser ou se nettoyer nulle part ici. On dort dans des trous humides, avec nos chaussures aux pieds. On peut difficilement trouver un arbre intact ici, il y a tant de shrapnels. Trois de nos cuistots ont été gazés la nuit dernière et envoyés à l'hôpital. Clark, un autre a déserté.

 28 09 Belle journée. De garde 2 H 40 la nuit dernière. Problème avec mes yeux. Je vois difficilement. Un effet du gaz je suppose.  Suis allé au poste de premiers secours  l'après-midi et on m'a lavé les yeux. Je me sens mieux, mais encore blessé. Nuit dernière et journée honnêtement calmes. Artillerie à longue portée. Les allemands nous ont attaqué par avions. Pluie cette nuit.

 29 09 Autre nuit calme.  Pas un obus à proximité. Cela semble étrange. Pluie toute la nuit et jusqu'à midi. Pas de pluie l'après-midi mais ciel nuageux. Rasé pour la première fois en deux semaines. Bois ici si épais que le soleil ne peut briller à travers. Froid tout le temps.

 30 09 Nuage et froid. Soirée et nuit pluvieuses. Pas moyen de garder sa chaleur. Les pieds sont restés mouillés depuis des jours. Des icebergs. On nous a donné une seconde couverture ici. On en avait une seulement. Comme j'en avais ai trouvé une autre, j'en ai trois.

 Octobre 1918

 01 10 Il a plu toute la journée. Très pénible et froid. Gelée toute la journée. Pas de manteaux. Une dépêche officielle annonce le retrait des troupes bulgares et retournent leurs armes et chemins de fer en faveur des alliés. Bonnes nouvelles. Presque malade. Je peux difficilement parler. Le 3ème bataillon a été relevé par le 1er. Un homme de chaque section non relevé  et un officier laissé en place. Je suis resté de la 4ème section. Sommeil après 10H30 . Laissé les autres garder. J'avais été de garde toutes les nuits. La compagnie B relève la L. La compagnie L part vers l'arrière.

 02 10 Froid et désagréable. Couru un peu autour et gardé chaud. Trouvé une bonne paire de chaussures allemandes. Je les ai mises et j'ai jeté les miennes déchirées.  Je pensais sortir aujourd'hui, mais le lieutenant Lattis m'a dit le matin. Barrage à notre gauche cette nuit et aussi tirs de mitrailleuse. Dormi cette nuit.

 03 10 Plus chaud. Le soleil a brillé une partie de la journée. Un avion au-dessus allemand a mitraillé. Tué un homme du Génie.

   

RETOUR.gif (1070 octets)